
Conséquences économiques du retrait des pays de l’AES de la CEDEAO
Dr MOUSSA DIOMANDÉ, PRÉSIDENT DE LA CPU-PME.CI S’EST PRONONCÉ SUR RADIO FRANCE
Mali, Burkina Faso et Niger ont officiellement quitté mercredi la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Quelles conséquences économiques pour ces pays et pour la région ?
Après l'arrivée au pouvoir de juntes militaires, ces trois pays du Sahel avaient demandé à quitter cette union économique africaine. Union qui date de 1975, qui a créé notamment des infrastructures de transport et de télécommunications et qui a œuvré également au maintien de la paix, conditions essentielles au développement économique. L'un de ses objectifs par ailleurs est la création d'une monnaie unique, toujours pas réalisée.
Mali, Burkina Faso et Niger se sont rapprochés entre eux jusqu'à créer leur propre alliance appelée l'AES, l'Alliance des États du Sahel.
À court terme, tout cela provoque peu de changements pour le moment. Si un passeport biométrique commun aux trois pays vient d'être instauré, les ressortissants de ces pays sahéliens qui ont un passeport CEDEAO pourront toutefois continuer à circuler, résider et s'établir dans les différents pays de la région sans visa jusqu'à nouvel ordre. Ils pourront également échanger leurs biens et leurs services provenant des trois pays, conformément au système de libéralisation du commerce et à la politique d'investissement de la communauté.
Pour l'économiste ivoirien Moussa Diomandé, il est préférable que les pays ne mélangent pas politique et économie. Et que les ressortissants des 15 pays puissent continuer à échanger et investir de part et d'autre de la communauté sans blocage. Dans le cas contraire, il estime que la situation deviendrait très compliquée pour la santé des nombreuses petites et moyennes entreprises de la région.
À plus long terme, Mali, Burkina Faso et Niger vont être privés d'une ressource importante de la CEDEAO, la BIDC, la Banque d'Investissement et de Développement de la CEDEAO, et donc de 500 millions de dollars de financement. Mais l'Alliance des États du Sahel a annoncé vouloir créer sa propre structure ainsi qu'un fonds d'investissement et de développement. Si certains experts estiment que ce projet sera difficile à mettre en œuvre en raison de la fragilité des économies de ces trois pays, l'AES rappelle ses atouts, les sous-sols du Sahel riches en uranium, en pétrole, en lithium et en or, des ressources prisées qui pourraient intéresser les investisseurs. Et d'un point de vue monétaire, l'AES est encore membre de l'Union économique et monétaire ouest-africaine, donc de la zone franc. Cette intégration économique permet à ces pays enclavés de bénéficier des interfaces maritimes des pays côtiers. 70% des importations du Mali viennent ainsi du port de Dakar et plus de 20% du port d'Abidjan.
Ce départ enfin illustre aussi ce que la CEDEAO n'a pas su prévoir ou pas su faire. Pour certains, ce retrait est une bonne nouvelle, dans le sens où la CEDEAO, qui ne compte plus que 12 Etats, aurait plus de cohérence aujourd'hui. Pour d'autres, il montre en effet que la CEDEAO n'a pas été capable de bien gérer, de façon constructive, les coûts d'État au Sahel, qu'elle est restée figée sur l'application d'un mécanisme de sanctions édicté il y a plus de vingt ans. La CEDEAO perd trois pays importants de la communauté mais a ouvert une fenêtre de six mois pour poursuivre les discussions. L'AES pourrait même devenir un concurrent de taille puisque d'autres pays pourraient rejoindre l'Alliance, comme le Togo, qui joue un rôle d'arbitre entre les pays du Sahel et de la CEDEAO depuis les premiers putschs. Robert Dussey, le ministre togolais des Affaires étrangères, a d'ailleurs récemment dit que le Togo n'excluait pas de rejoindre l'AES.
Source : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-journal-de-l-eco/le-journal-de-l-eco-du-vendredi-31-janvier-2025-3475705